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Les TIC et la révolution numérique constituent des alliées de la matriarchie

Étonnamment, nous pouvons retrouver des sources d’inspiration « matriarchiste » dans l’évolution récente du monde des technologies de l’information et de la communication (TIC). Les TIC constituent les alliées inattendues d’un mouvement vers la matriarchie, car en plus d’offrir des outils incomparables qui en faciliteront certainement la mise en place, elles en incarnent assez brillamment quelques principes fondamentaux. En effet, les matriarchies sont des civilisations où le partage et l’altruisme sont des vecteurs omniprésents, deux caractéristiques que l’Internet incarne aussi de manière éloquente.

Des décisions prises en consensus

Les décisions prises par consensus sont un élément fondamental des matriarchies. Et les règles étoffées de décision consensuelle, mises de l’avant par une organisation comme Wikipédia par exemple 1 , rendent aujourd’hui cette forme de résolution de conflit éminemment crédible. Sans oublier que la grande popularité des logiciels libres (« Open Source »), qui a suivi la vague lancée par Linux, constitue une belle représentation du donarisme, l’économie du partage et du don des matriarchies (« Gift Economy »).

Une nouvelle révolution industrielle

Cette vague révolutionnaire catalysée par les TIC et l’internet s’étend progressivement à d’autres secteurs de l’économie. Nous assistons en fait à l’émergence d’une nouvelle révolution industrielle 2 . S’apparentant à ce que nous a présenté le secteur du logiciel au cours du dernier demi-siècle, celle-ci ramène progressivement l’organisation de la production des biens manufacturés plus près des communautés.

La révolution numérique (RN) est un paradigme qui est en train d'émerger. Un des leaders de cette vision est Jeremy Rifkin. Il l'appelle la Troisième révolution industrielle (TRI). Selon cette approche, les deux premières révolutions industrielles ont vu se réorganiser nos modes de production en empruntant des modèles fortement hiérarchisés. Ceux-ci ont permis aux organisations de profiter des avancées au niveau des sources d'énergie et des outils de communication.

Les révolutions industrielles sont basées sur un tandem sources d'énergie et moyens de communication

D'abord, la première R.I. s'est appuyée sur le charbon et la machine à vapeur, ainsi que sur la presse à imprimer. On a alors vu éclore de multiples entreprises commerciales et industrielles de dimensions encore jamais vues. Puis le début de la deuxième R.I. chevaucha l'apogée de la première, alors que le pétrole et l'électricité remplacèrent rapidement le charbon, comme principales sources d'énergie. Parallèlement, le téléphone, suivi de la radio et de la télévision, sont venus accélérer et magnifier les possibilités de communication. Des compagnies par actions d'envergure internationale ont vu le jour, bouleversant encore davantage l'organisation de nos sociétés.

Three Industrial Revolutions

C'est maintenant l'époque des énergies locales renouvelables, des communications numériques et des réseaux de partage

Au cours des dernières décennies, l’avènement d’outils informatiques très abordables a éventuellement permis l’éclosion du monde du logiciel libre, où la collaboration et le partage sont des éléments fondamentaux. De la même façon, l’arrivée d’outils numériques de fabrication, et de production locale d’énergie à des prix accessibles, entraîne le développement d’un monde du matériel libre (« Open Source Hardware »).

Au niveau de la production d'énergie locale à l'aide capteurs solaires par exemple, la capacité de ceux-ci par rapport à leur coût, semble suivre les mêmes tendances que ce que nous avons vécu avec les ordinateurs 3 . L’initiative des « Fab Lab », un réseau de laboratoires de fabrication numérisés tout-usage destinés à la communauté, lancée par le M.I.T. (« Massachusetts Institute of Technology ») à la fin des années 90, constitue certainement une des représentations actuelles les plus concrètes de ce que nous annonce la TRI4 .

La fin de l'organisation hiéarchique de notre société

L’émergence de cette nouvelle révolution industrielle est cependant freinée par l’organisation hiérarchique de notre société
5 . D’un côté, la richesse et les moyens de production se sont progressivement concentrés au sein de très grandes organisations contrôlées par un petit groupe de personnes. De l’autre côté, ce processus a atomisé notre collectivité en individualisant et en disséminant les citoyens dans leur rôle de travailleur et de consommateur. Les rapports sociaux entre les membres de nos communautés sont aujourd’hui pratiquement inexistants.

De grandes familles en réseau

La révolution numérique a plutôt besoin de pouvoir compter sur un réseau fiable de points d’accès, catalysant les ressources locales de production d’énergie et de fabrication pour le bénéfice de petits groupes d’individus, reliés entre eux. En misant sur l’interaction de grandes familles matrilocales fortes et unies, la matriarchie va justement restaurer cette dynamique communautaire favorisant les liens entre les citoyens. Cela permettra aux sociétés occidentales de profiter au maximum de cette nouvelle révolution industrielle.

Références

1 « Le consensus comme méthodologie de prise de décision cherche à mettre l'accent sur la validité de l'opinion de chaque participant et se refuse à entériner un choix qui n'aurait pas au moins l'accord de tous. »
Wikipédia:Consensus (visité le 17 avril 2016)
2 « La troisième révolution industrielle est la dernière des grandes révolutions industrielles. Elle établira l'infrastructure fondamentale de cette ère de collaboration émergente. La mise en oeuvre sur une quarantaine d'années de l'infrastructure de la TRI va créer des centaines de milliers de nouvelles entreprises et des centaines de millions de nouveaux emplois. » (traduction libre)
Texte original : « The Third Industrial Revolution is the last of the great Industrial Revolutions and will lay the foundational infrastructure for an emerging collaborative age. The forty-year build-out of the TIR infrastructure will create hundreds of thousands of new businesses and hundreds of millions of new jobs. » (Introduction, p. 5)
Jeremy Rifkin, The Third Industrial Revolution : How Lateral Power Is Transforming Energy
Macmillan, 2011.
3 « Les courbes exponentielles dans la production d’énergie renouvelable mettent la communauté scientifique en effervescence. Dans un article publié en 2011, la revue Scientific American s’interroge : la loi de Moore s’applique-t-elle à l’énergie solaire ? Et, si oui, serait-il possible qu’un changement de paradigme soit déjà en cours dans le secteur de l’énergie, comparable à ce qui s’est passé en informatique ? La réponse est un oui sans réserves. »
Jeremy Rifkin, La nouvelle société du coût marginal zéro
Les Liens qui Libèrent, 2014
4 « Dès leur apparition en 2002, les Fab Labs équipés de machine à contrôle numérique les ont mises à la disposition des gens ordinaires. » (traduction libre)
Texte original : « Ever since their first inception in 2002, Fab Labs equipped with digitally controlled machines and made available to ordinary people.» (p. 3)
Peter Troxler, Making the 3rd Industrial Revolution
5 « Pour réussir le développement d'un écosystème de fabrication numérique au-delà d'un simple regroupement de bricoleurs isolés, il est essentiel de bien comprendre le fonctionnement éventuel d'un tel écosystème. Une telle compréhension générale doit se fonder sur une théorie appropriée. Cependant, la connaissance canonique en administration des affaires, en génie industriel et en sciences de l'organisation sur « comment faire fonctionner une usine » , de même que la sagesse collective des praticiens et autres consultants vont nous ressasser la rengaine des hiérarchies. Leur vision d'une bureaucratie rationalisée et centralisée est de moins en moins capable de saisir le monde empirique » (Clemens 2005 : 352), et on doit s'inspirer de connaissances provenant d'autres disciplines. En effet, il existe un important bagage de connaissances sur les mouvements solidaires, l'auto-organisation et les infrastructures inverses, et sur la production distribuée et la gouvernance des communaux. Il faut se tourner vers les sciences organisationnelles, les théories des mouvements sociaux et l'ethnographie pour apprendre et comprendre les communautés et les systèmes polycentriques. » (traduction libre)
Texte original : « To successfully develop the digital manufacturing ecosystem beyond a mere collection of individual tinkerers, a common understanding is needed of how such an ecosystem would function. Such a common understanding could build on a suitable theory. However, canonical knowledge in business administration, industrial engineering and organization science on ‘how to run a factory’ and the collective wisdom of practitioners and consultants alike will only tell us the old story of hierarchies. Their imagery of the centralized, rationalized bureaucracy is increasingly unable to capture the empirical world’ (Clemens 2005 : 352), and insight has to be found outside those disciplines. Indeed, there is a substantial body of knowledge about collective action, self-organization and inverse infrastructures, and about peer-production and governing the commons. One has to turn to organisation science, social movement theory and ethnography to learn about and understand communities and polycentric systems. » (p. 7-8)
Peter Troxler, Making the 3rd Industrial Revolution

Créé par admin. Dernière modification : Lundi mars 9, 2020 10:30:21 EDT par admin.