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La famille matrilocale pour affronter les défis du 3ième millénaire

La famille occidentale est en déroute

Actuellement, la famille telle que connue en Occident est basée sur le modèle nucléaire. Il s’agit d’une forme très réduite de la famille, qui met l’accent sur le père et la mère, ainsi que sur leurs multiples enfants. Ce modèle, dont le mariage est la représentation légale, est aujourd’hui en déroute. Daniel Dagenais l’a démontré avec éloquence dans son ouvrage « La fin de la famille moderne » 1 . Dans La famille à l'horizon 2020, Marie Pratte suggère la piste d'une union légale entre un frère et une sœur, ou entre un enfant et un parent malade comme alternative au mariage 2 . Étonnamment, on persiste à limiter à un couple de deux individus le fondement de ces nouvelles formes légales de la famille.

Les déboires actuels de nos familles sont nombreux. La situation diffère évidemment d'une société occidentale à l'autre. Mais partout en Occident, la famille en tant qu'institution vit des heures difficiles. Au Québec, la situation est dramatique à plusieurs égards. Nous nous limiterons à ses résultats désastreux à travers deux de ses responsabilités sociales les plus importantes :

  1. le renouvellement de la population;
  2. la satisfaction du besoin primaire d’un environnement stable et sécuritaire pour les enfants, de la naissance à l’âge adulte.

Le renouvellement de la population

Au niveau du renouvellement de la population québécoise, le rendement de la famille moderne actuelle demeure sous le seuil minimal par environ 25%, depuis une quarantaine d’années 3 . C’est grave car, pour compenser, nos gouvernements se sont lancés dans des politiques d’immigration très mal planifiées. Une société incapable de se renouveler par elle-même, est de toute évidence sérieusement malade. Et au sein d’une société malade, l’accueil et l’intégration des immigrants ne peut être que problématique 4 . L'acrimonie des débats entourant les différents projets politiques à ce sujet en Europe et en Amérique du Nord, ont montré de façon évidente l'ampleur du malaise concernant l'immigration au sein des populations occidentales.

Un milieu stable et sécuritaire pour les enfants, de la naissance à l’âge adulte

D’autre part, on sait déjà que la majorité des parents de jeunes enfants délaisse le mariage au Québec. Mais l'estimation du risque de vivre une séparation de leurs parents est 3 à 4 fois plus élevée pour les enfants de parents vivant en union libre 5 . C'est-à-dire que la majorité des familles québécoise est aujourd’hui incapable d’offrir un cadre stable et sécuritaire à nos enfants, dont un trop grand nombre même seulement pour la durée de la petite enfance. C’est simplement inacceptable et dramatique. La détresse que vivent les familles aux prises avec une séparation du couple de parents est immense. L'impact subit par les enfants qui se retrouvent au milieu de ces tragédies est très important 6 . Évidemment, nous ne désiront absolument pas laisser croire ici qu'il est préférable de "forcer" les couples qui ne fonctionnent plus à rester ensemble, pour le bien des enfants. Le taux de parents séparés au Québec ne fait que démontrer de façon non-équivoque que le modèle de la famille nucléaire est désuet. Ça ne fonctionne plus pour la vaste majorité de la population, en couple ou pas, mariés ou pas. Il n’y a aucune raison qui justifie que cette situation perdure. Il est surtout grandement temps d'instaurer quelque chose qui fonctionne bien.

Il n'y a pas de nouveaux modèles de la famille en Occident

Plusieurs évoquent de nouveaux modèles contemporains de la famille qui seraient en train d’émerger. Il s’agit d’une interprétation intéressante qui omet toutefois un détail fondamental. C'est qu'en fait la quasi-totalité des familles qui se lancent dans cette aventure le font en s’établissant d’abord selon le modèle nucléaire. Les solutions improvisées auxquelles adhèrent plus tard les familles ne reflètent que le désarroi et le chaos dans lesquels elles se retrouvent, après la séparation.

Ce sont des familles démantelées

Il n'y a donc toujours pratiquement qu'un seul modèle de la famille en Occident : la famille nucléaire. Il n’y a pas d’autre modèle pour les familles qui s’établissent. Il n’y a que de nouveaux modèles pour les familles qui se désagrègent.

Nuclear Family Growth V0.1.3

Il n'y a que deux modèles viables de la famille : par le père ou par la mère

Dans l’histoire humaine, même si on en retrouve plusieurs variantes, il n’existe pratiquement qu’un seul autre modèle viable de la famille. Il s’agit de la famille matrilocale. Ce modèle de la famille est pratiqué par exemple par les Moso (ou Mosuo) de Chine depuis 2000 ans. C’est ce modèle qui est chez eux un gage de stabilité des familles et qui est aussi garant de la grande qualité des relations entre hommes et femmes. Voilà le message que l’IIDD nous a envoyé en choisissant les Moso comme communauté modèle7 .

Sexualité et famille ne vont pas bien ensemble

Ce que les Moso nous disent c’est que la sexualité et la famille ne font pas bon ménage. La grande instabilité de nos jeunes familles en est d’ailleurs une preuve éloquente. L’expérience des Moso démontre qu'il est préférable que les relations sexuelles ne relèvent pas du domaine familial. C’est un changement de point de vue radical par rapport au modèle nucléaire traditionnel que l’on pratique en Occident. Mais c’est un modèle dont la viabilité est éprouvée, qui est synonyme de relations harmonieuses et équitables entre hommes et femmes.

Matrilocal Family Development Fr V0.1.2

Le père et la mère de l'enfant peuvent continuer de se fréquenter sans vivre ensemble

Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que le modèle de la famille matrilocale, en mettant de l’avant les oncles des enfants en tant que figures paternelles, ne signifie pas que la relation entre la mère de l’enfant et son père biologique soit automatiquement éphémère, bien que cela arrive effectivement assez souvent. Il arrive plutôt fréquemment que la relation entre les amants se poursuive dans l’harmonie après la naissance de l’enfant, le père rendant visite à sa partenaire régulièrement (souvent pratiquement tous les soirs), en conservant éventuellement aussi un lien plus ou moins étroit avec l’enfant. On peut ainsi imaginer que nombre de couples, qui sont maintenant incapables d’être seulement en présence l’un de l’autre, en raison des blessures toujours vives de la séparation, auraient plutôt réussi à maintenir une belle relation, si leurs familles avaient été matrilocales.

Une famille verticale et élargie

Par ailleurs, contrairement au modèle nucléaire, la famille matrilocale est plutôt verticale et élargie, en mettant l’accent sur la lignée maternelle de plusieurs générations qui résident au même endroit. Il s’agit d’un modèle qui est bien adapté pour nous aider à faire face aux défis sociaux, économiques et environnementaux auxquels notre communauté devra faire face au cours des décennies qui viennent.

Se protéger des crises en partageant ses ressources en famille

D’abord, en permettant à plusieurs adultes d’habiter au même endroit, la famille matrilocale favorise un partage de leurs biens entre les membres de la famille. Elle leur permet ainsi de conserver ou même d’améliorer leur niveau de vie, malgré les difficultés économiques majeures qui risquent de survenir à tout moment.

Continuer d'exploiter les fermes artisanales en famille

En concentrant les moyens et les habiletés de leurs nombreux membres, les nouvelles familles matrilocales atteindront rapidement un grand degré d'autonomie. On peut anticiper que plusieurs d’entre elles seront en mesure de maintenir l’exploitation de fermes agricoles. L’agriculture de proximité vit justement des heures très difficiles en Occident. Il s’agit d’un héritage extrêmement important de nos ancêtres. Les fermes artisanales pourront sans aucun doute compter sur l’appui de plusieurs grandes familles matrilocales.

Aide aux aînés et petite enfance

Ensuite, comme plusieurs générations habiteront au même endroit, il sera possible de catalyser les ressources familiales pour l’aide aux aînés et à la petite enfance. Au fur et à mesure que des familles matrilocales s’établiront, on peut s’attendre à ce que le système public bénéficie d’une collaboration accrue de l’entourage familial des bénéficiaires. Cela entraînera un allègement progressif des besoins et diminuera ainsi la charge qui incombe à l’état.

Partager, restaurer et réparer pour ralentir la croissance

Finalement au niveau écologique, l’établissement de grandes familles matrilocales favorisera un ralentissement de la croissance de la consommation. En effet, les membres de ces familles habitant au même endroit pratiqueront spontanément le partage, la restauration et la réparation de plusieurs biens. À terme, cela contribuera de façon majeure à l’assainissement de notre environnement. La croissance et l’étalement de la population seront freinés. Ce sera plutôt la dimension de chacune des familles qui fluctuera dans le temps.

L'industrie de la construction pourra s'adapter

On peut s’attendre par exemple à ce que l’industrie de la construction s’adapte progressivement à ce modèle durable. D’abord la croissance pourra se poursuivre un certain temps avec la création de nouveaux complexes architecturaux plus aptes à répondre aux besoins des matriages. Et aussi bien sûr en transformant les résidences unifamiliales existantes, d'abord en les subdivisant en plus petites unités individuelles avec un accès direct à l'extérieur, puis en reliant le tout avec de plus vastes espaces communautaires.

Améliorer le fonctionnement de notre société au lieu de l'étendre

Nous pourrons ensuite concentrer nos talents et nos ressources à améliorer le fonctionnement et la collaboration de cet ensemble de familles bien établies, au sein d’un réseau d’entités stables et bien identifiées. Imaginez seulement tout l’effort socio-économique qui est actuellement englouti dans la croissance et l’étalement de la population, rendus nécessaires par la création constante de nouvelles familles nucléaires. Tout cela servira plutôt maintenant à parfaire l’organisation des services que nous nous rendons collectivement.

Mais alors, quels sont les avantages de la famille nucléaire?

Il existe donc bel et bien un autre modèle de la famille qui semble pouvoir répondre beaucoup mieux à la majorité des besoins des membres des familles occidentales. Et même pour assurer l'avenir à long terme de notre société. On se demande alors: quels sont les « avantages » de la famille nucléaire par rapport à la famille matrilocale pour nos sociétés? Nous n'en avons relevés pour l'instant que trois :

Ce type de famille est plus facile à déplacer

  • En cas de cataclysme, ce peut être un un avantage;
    • Il faut toutefois opposer cette caractéristique au plus grand degré d'autosuffisance de la famille matrilocale.
  • Pour répondre à une nouvelle exigence d'emploi:
    • Dans une famille matrilocale, rien n'empêche un de ses membres de s'établir loin sa famille pour quelques années;
    • De toute façon, les emplois à vie n'existent pratiquement plus dans nos sociétés contemporaines.
    • Ces exigences d'emploi sont d'ailleurs souvent plutôt une cause du démantèlement des familles nucléaires, lorsque les deux conjoints ont des opportunités d'emploi éloignées géographiquement.

Le géniteur possède des droits sur les enfants

  • La famille matrilocale n'offre en effet aucun droit de paternité:
    • Cela ne signifie absolument pas que les pères ne puissent pas voir leur progéniture, bien au contraire.
    • Si elle est désirée de part et d'autre, la contribution des pères sera toujours bienvenue:
      • On peut le voir comme une opportunité ou un privilège, que l'on doit saisir et mériter.

Il y a création constante de nouvelles familles ce qui engendre de nouveaux besoins de consommation

  • Il s'agissait d'une mine d'or à l'époque de l'économie basée sur une croissance ininterrompue;
  • Il s'agit aujourd'hui d'un fléau à l'époque d'une économie exigeant la durabilité.

Références

1 « C'est peu dire que la famille soit en crise. Le chamboulement de l'institution a jeté ses membres dans un profond désarroi qui nourrit une pathologie familiale dont les symptômes commencent seulement à poindre : violence conjugale, violence parentale, suicide, décrochage scolaire, abandon parental pur et simple, rajeunissement de la délinquance et du crime, etc. » (p. 198)
Daniel Dagenais, La fin de la famille moderne
Les Presses de l'Université Laval, 2000
2 « Comme le suggérait en 2001, la Commission du droit, ce modèle pourrait aller au-delà de la conjugalité. On peut songer au frère et à la sœur qui habitent ensemble ou à l'enfant majeur qui réside avec un parent malade. » (p. 416)
Marie Pratte, La situation juridique de la famille de 2020%%%Gilles Pronovost, Chantale Dumont, Isabelle Bitaudeau, La famille à l'horizon 2020%%%Presses de l'université du Québec, 2008, ISBN 978-2-7605-1553-6
3 « La moyenne du taux de fécondité pour la période de 1975 à 2014 (40 ans) est de 24,83% sous le taux de renouvellement de 2,1. (cf. Taux de fécondité selon le groupe d'âge de la mère, indice synthétique de fécondité et âge moyen à la maternité, Québec, 1951-2014)
Voir aussi Jacques Leclerc, Le problème de la dénatalité au Québec
4 « Bref, faits et projections démographiques sont bien réels, plutôt qu’imaginaires, et importants, plutôt que triviaux. Ils susciteraient normalement de l’inquiétude au sein de tous groupes humains. »
Michel Paillé, L’immigration au Québec dans un contexte de sous-fécondité chronique
Bulletin d'histoire politique, volume 18, numéro 2 (hiver 2010)
5 « Au Québec, en 2010, on observe un taux de 45 % de couples divorcés parmi les couples mariés du sexe opposé, soit presque une rupture conjugale pour deux couples mariés. Les couples en cohabitation sont plus fragiles que les couples mariés, de sorte que les enfants issus de ces familles sont trois à quatre fois plus susceptibles de voir leurs parents rompre leur union (Joyal, et.al, 2002). Plus précisément, la probabilité de se séparer serait deux fois plus élevée chez les femmes en union libre que chez les femmes mariées (Statistique Canada, 2006). » (p. 6)
Francine Cyr, Prévalence de la garde partagée chez les familles québécoises ayant un enfant né en 1997-1998 (visité le 28 juin 2018)
6 «... les enfants dont les parents sont séparés ou divorcés sont plus susceptibles que les enfants dont les parents vivent ensembles d’éprouver certains problèmes de santé physique, de souffrir de dépression, d’anxiété et d’autres désordres psychoaffectifs, de présenter divers problèmes de comportement extériorisés, de réussir moins bien à l’école et de poursuivre des études moins longtemps ainsi que de connaître davantage de difficultés relationnelles. » (p. 1)
Hélène Desrosiers, Jean-François Cardin et Luc Belleau, L’impact de la séparation des parents sur la santé mentale des jeunes enfants
7 « Pendant 2000 ans, les Moso ont conservé une société au sein de laquelle les femmes préservent l'intégrité et tiennent des rôles de leadership dans la communauté. 85% de la population vit encore selon la forme matrilinéaire de la famille, où les femmes sont chefs de famille, prennent soin des plus jeunes et des plus âgés, sont responsables de la lignée familiale et distribuent équitablement la richesse et les ressources. » (traduction libre)
Texte original : « For 2,000 years, the Mosuos have maintained a society in which women uphold the integrity and assume leadership roles in the community. 85% of the population are still living under matrilineal family structures where women are heads of households, care for the young and the old, carry the family lineage and distribute wealth and resources with equality. »
We the Peoples : 50 Communities Awards

Créé par admin. Dernière modification : Lundi mars 9, 2020 10:27:26 EDT par admin.